L’Etre de la Voyante
Ce qu’il est convenu de nommer Homme ou si l’on préfère
dans la chaine de l’évolution : Homo sapiens sapiens, c’est
à dire l’homme sage au cube, n’est véritablement
qu’une espèce animale ayant perdu son comportement de genre,
et n’ayant conservé de son dimorphisme sexuel que la dominance
: la domination généralisée du masculin sur le féminin.
Ce genre sans genre, cette espèce de double espèce ne se détermine elle même que par l’un de ses genres s’attribuant de manière privative le terme générique d’HOMME, ne laissant au féminin que les figures de l’effacement.
Dans la langue française réputée pour sa clarté, la femme est un homme par extension générique. Quand Homme s’accorde au féminin, c’est pour donner hommasse, soit une dégradation du terme masculin, sa négation invertie plutôt que son contraire, on conçoit aisément dès lors que le genre féminin soit rejeté dans sa qualification reproductive, c’est-à-dire fonctionnalisé et réduit à la figure matricielle.
Dans sa série : « FEMMES », Lisa Salamandra interroge les différents modes de production de la figure féminine. Son travail révèle en quoi ces modes de figurations masquent et faussent la femme réelle. C’est un travail de sape, iconoclaste et salutaire. Les figures détournées, dévoilées, renversées se questionnent les unes les autres…
Dans un format vertical, répété à la manière
d’un inventaire, elle dresse une espèce de catalogue de la figure
féminine dans son environnement, en interaction, dans des situations,
en morceaux, confrontée aux conditions internes et externes, dénudée,
déshabillée, exhibée, écorchée, animée,
symbolisée, en papillon, en racine, en maison, en cafard, regardée,
épiée, masquée.
On peut considérer sa série « FEMMES » comme un
traité sur les figures de la féminité maltraitée,
incomprise, dominée, réifiée.
On observera avec quelle ironie elle ne laisse subsister dan « la femme taliban » qu’une paire d’yeux sous l’arche vide d’un voile supprimant toute la figure, des yeux en suspens à la manière d’un loup. C’est une Femme raptée, aux antipodes de la femme nue, porteuse d’un loup en objet de plaisir…interdit, en tout cas pour le compte d’un autre…
Elle utilise cette connaissance et cette compréhension comme tremplin pour démonter les « mythes » d’hier, ou ceux d’aujourd’hui : pas moins réducteur, pas moins servilisant, avec peut être la forme la plus subtile et la plus sournoise de la domination moderne de la femme : le Mythe de « La femme libérée » et ses figures érotisées.
Elle montre le processus de reprises syncrétiques à travers les mythes, les religions ; de la biche à la « bitch », et dénonce ce que Rimbaud qualifie dans sa lettre du voyant de « servitude infinie de la femme ». L’homme étant resté jusqu’ici abominable, et ne lui ayant point donné son renvoi, c’est Lisa Salamandra qui nous renvoie à la figure ses figures qui inaugurent l’ère où les femmes elles-mêmes brisent cette servitude, qui pèse tout autant sur tous ceux qui aspirent à une « liberté libre », et par la-même, elle trouve son inconnu plein des choses insondables, repoussantes, délicieuses…
Gérald Stehr.